L'individualisation des travailleurs : une réponse patronale à Mai 68

 

Un jour, dans les années 1975 / 76, alors que j'étais détaché "permanent" pour assurer le secrétariat d'un comité central d'entreprise (4000 salariés, 18 comités d'établissement), le responsable des ressources humaines me fait venir à son bureau. Après les politesses d'usage, il m'explique gravement que, bientôt, nous n'aurons plus besoin de chefs qui savent montrer le travail à ceux et celles dont ils sont "responsables hiérarchiques". Non, ce seront des managers, qui devront savoir animer, motiver. La polyvalence des salariés sera développée, en relation avec cette nouvelle manière de situer la fonction hiérarchique. Leur rôle sera de faire non seulement de l'animation, mais aussi du "reporting".

A cette même période, les qualifications des ouvriers, issues du système "Parodi", étaient remises en causes et remplacées par des "classifications" et une organisation de celles-ci en filières : production, encadrement, nettement séparées.

J'ai compris beaucoup plus tard, grâce à cette vidéo de Danièle LINHART, que le patronat souhaitait gommer un à un, les conquis sociaux de Mai 1968 en détruisant les solidarités ouvrières et étudiantes.

Maintenant, à La Poste, il faut payer pour que le facteur s'occupe de ma grand-mère !!! Avant cette mesure "innovante", les liens sociaux au travail ont soigneusement été détruits, comme en témoignent les nombreux suicides enregistrés dans les diverses branches des services publics et privés.