Le pouvoir d'agir des travailleurs a été confisqué, il peut être reconquis

Une seconde remarque complète la première : d’années en années, le pouvoir d’agir directement sur les causes d’atteinte à la santé a été confisqué aux travailleurs qui vivent dans le milieu de travail, par l’organisation taylorienne sans cesse modernisée. Nous sommes maintenant très loin des délégués mineurs, qui avaient le pouvoir de faire stopper la production au fond de la mine, s’ils estimaient que leurs collègues étaient soumis à des dangers réels et imminents.

Pour illustrer cette perte de faculté et de responsabilité à propos de sa propre santé, nous nous référons à un document déjà cité dans un autre article sur ce site (histoires-de-travail.fr), le rapport « Bien-être et efficacité au travail – 10 propositions pour améliorer la santé psychologique au travail », rapport élaboré à la demande du premier ministre de l’époque (février 2010) par Henri Lachmann, alors président du conseil de surveillance de Schneider Electric, par Christian Larose, Vice-président du Conseil économique, social et environnemental, et par Muriel Pénicaud, alors directrice générale des ressources humaines de Danone. Marguerite Moleux, membre de l’inspection générale des affaires sociales a apporté son concours à la rédaction du rapport.

Dans ce document, nous trouvons à la page 7, une déclaration lourde de sens : « la santé des salariés est d’abord l’affaire des managers, elle ne s’externalise pas : les managers de proximité sont les premiers acteurs de santé ». Les curieux pourront lire la suite dans le document qui peut être téléchargé ici.

Cette déclaration illustre bien que les travailleurs sont d’abord présents dans l’entreprise en tant que « facteur humain », dont la santé doit être intégrée dans l’évaluation de la performance, sous la responsabilité de la hiérarchie (résumé de la première des 10 propositions). Exit donc, la non-délégation à autrui du souci de prendre soin de sa santé, comme le prônent les syndicalistes italiens et Ivar Oddone.

En effet, afin de permettre aux travailleurs de prendre en main leur santé, ils avaient créé des outils d’analyse du travail qui puissent être utilisés d’abord par les premiers intéressés, et non par leurs seuls délégués ou la hiérarchie.

L’objectif était simple : identifier les facteurs nocifs, non pour se plaindre de leur existence, mais pour les faire disparaître du milieu de travail.

L’identification des facteurs nocifs était structuré sur un langage commun aux travailleurs et aux médecins généralistes ou du travail.