La construction de la santé des travailleurs passe par la coopération incontournable de ceux-ci au sein de communautés scientifiques élargies

 

La majeure partie de ce texte et les dessins sont tirés du document italien appelé La Dispensa.

L’analyse du travail ne peut faire l’économie d’une réflexion sur ce qu’est un système, une organisation. Comme il n’est pas possible de rendre compte simplement de la complexité du réel, alors on simplifie sa représentation. On dessine un ou plusieurs schémas du système ou de l’organisation que l’on étudie.

Mais ce « modèle » doit quand même rester fidèle au réel que l’on observe.

C’est ce raisonnement qui a guidé les syndicalistes italiens et Ivar Oddone, médecin et psychologue du travail, lorsqu’ils créent dans les années 1970 des méthodes d’analyse des effets du travail sur la santé.

La pratique d’Ivar Oddone et de ses collectifs, testée sur des dizaines d’années, était contenue toute entière dans ces trois règles :

  • ne pas déléguer à autrui (médecin du travail de l’entreprise, technicien des méthodes et de bureaux d’études, entité extérieure), le souci de la prise en charge de ma propre santé ;

  • développer en usine des groupes homogènes de travailleurs qui puissent échanger sur les caractéristiques de leur milieu de vie et tisser des liens avec leur état de santé, sans que la discussion soit perturbée par des points de vue trop éloignés de ce qu’ils vivent en commun ;

  • Les diagnostics construits "entre eux, par eux et pour eux" au sein de groupes homogènes de travailleurs. Pour ceux-ci, les diagnostics ont force scientifique face aux points de vue de qui s’autorise à dénier leur expérience du travail (= le concept de « validation consensuelle »).

La Dispensa était l’outil qui permettait de créer, dans le respect de ces trois règles, le langage commun avec les médecins « bons » (ainsi nommés par les ouvriers dans l’ouvrage italien, par comparaison avec les médecins « méchants » liés au patronat), les techniciens alliés et les autres travailleurs du collectif d’analyse.

Dans leur approche, le milieu de travail est défini ainsi dans le texte de la Dispensa traduit en français : « l’ensemble des conditions de production dans lesquelles le travailleur et le capital se transforment en bien et en profits. Cet ensemble, différent selon les modes de productivité qui se sont succédé dans l’histoire et selon les secteurs d’activité, nous intéresse par sa faculté de nuire à la santé de celui qui travaille ».

Dans le même document source, ses auteur-e-s indiquent aussi que « Le milieu de travail a été cause de mort, de maladies et d’infirmités pour un nombre incalculable de travailleurs durant toute l’histoire de l’humanité ». Ils attribuent ensuite au progrès scientifique, les résultats positifs en matière de prévention.

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Ainsi, le milieu de travail produit au moins trois catégories de résultats : les profits, sous diverses formes, bénéfices, stock-options, primes aux résultats, primes de départ à la retraite souvent faramineuses pour les dits « grands dirigeants » ; les produits manufacturés et les services (la Poste, la SNCF, les diverses administrations de la fonction publique territoriale ou nationale, EDF, etc.), lesquels sont dans un état plus ou moins avancé de privatisation, afin d’en tirer plus de profits ; et des résultats non souhaités, les dommages à la santé.

Une première remarque s’impose à ce stade de notre développement ; dans le Préambule de la Constitution française du 27 octobre 1946, il est écrit ceci à l’article 8 :

« 8. Tout travailleur participe, par l'intermédiaire de ses délégués, à la détermination collective des conditions de travail ainsi qu'à la gestion des entreprises. ».

La fonction de base du syndicalisme, soit la capacité à représenter les travailleurs, est donc réaffirmée en 1946.