Le Travail, un concept inachevé

De Isabelle BILLIARD – sociologue, MIRE (ministère des Affaires sociales). Publié dans la revue Éducation Permanente sous le numéro 116/1993-3. Affiché sur le site de l’association Terrain avec l’aimable autorisation de la dite revue.

De quoi parle-t-on lorsque l'on parle du « travail » ? Très curieusement, le travail semble à ce point une expérience partagée et transmise depuis des générations qu'il se présente d'abord comme une évidence, une sorte de seconde nature de l'homme, une nécessité allant de soi. Cette conception « naturelle » du travail a longtemps rendu superflue l'idée de s'interroger sur la notion de « travail », qui n'a pourtant rien d'évident ni de naturel. Il suffit de réunir autour d'une table un économiste, un sociologue et un psychologue pour se convaincre rapidement que ce que l'on entend par travail constitue en fait une sorte de point aveugle où s'entrecroisent des réalités hétérogènes et des définitions plus ou moins contradictoires.

A propos des ouvriers

Par périodes, nous constatons que le thème des "ouvriers" revient au premier plan. Nous écrirons souvent sur cette question, mais dans l'immédiat, il nous paraît important de relever que la radio France Culture a rediffusé il y a peu, une émission très longue (toute une nuit) qui évoque de nombreux aspects de la vie des ouvriers.

Nous pouvons la réécouter ici :

L'histoire du boyaudeur

Jacques DuraffourgJacques Duraffourg a été un enseignant-chercheur en ergonomie, très, très apprécié par ses élèves. Il travaillait dans les années 70 - 80 dans le Laboratoire d’Ergonomie et de neuro-physiologie du travail, au 41 rue Gay-Lussac, à Paris 5e. A cette époque, Alain Wisner était titulaire de la chaire d’Ergonomie du Conservatoire National des Arts et Métiers, qui comprenait ce laboratoire.

Celui-ci effectuait, grâce à ses chercheurs et chercheuses très compétents, des études de conditions de travail dans divers domaines. Le laboratoire dispensait ensuite les connaissances produites durant les recherches, dans des séminaires et des cours, en journée et en soirées. Jacques, quand à lui, avait institué une pratique qui le distinguait : des résultats des recherches sur l'activité humaine en situation de travail menées dans l'équipe de Alain Wisner, il tirait des "histoires", sortes de contes du réel décrivant rigoureusement la dramatique de l'engagement des personnes dans leur travail, telle qu'il l'avait observée et comprise. Il maniait cet outil pédagogique, ou plutôt andragogique, qu'est l'histoire, avec une telle virtuosité que tous ses élèves ergonomistes retiendront durant toute leur vie, non seulement l'histoire, mais aussi l'enseignement qu'elle contenait.