Le Manifeste pour un ergo-engagement - Yves Schwartz

Un guide pour l'engagement dans la compréhension de l'Activité

Chaque fois que l'homme a le projet de gouverner l'homme - dans le champ économique, politique ou social - il peut être tenté de raisonner avec lui comme avec la machine, en cherchant à maîtriser tous les paramètres de l'agir. Or, s'il est indispensable de pouvoir compter sur l'anticipation offerte dans un cadre normatif, il est abusif et dangereux d'usurper le prestige de la norme en s'aveuglant aux réalités de l'activité humaine. Simplifier le travail humain, par exemple, en le réduisant à des modèles de gestion ou en l'évaluant à l'aune des seules valeurs quantitatives, cela finit par avoir un coût considérable en terme de santé, de vie sociale et d'efficacité collective. 

L'objet du manifeste dont les chapitres apparaissent ci-dessous est de traiter de cette problématique de la norme abusivement appliquée par des humains à d'autres humains. 

Ce manifeste est publié dans l'ouvrage "L'activité en dialogues - entretiens sur l'activité humaine - tome 2 - sous la direction de Yves Schwartz et Louis Durrive, aux éditions Octarès. Il est disponible sur ce site avec l'aimable autorisation de l'auteur et de l'éditeur.

L'Arlésienne

Par Christine Castejon

 

L’humanité travaille. Nous ne le savons parfois que trop. Mais que fait l’humanité quand elle travaille ? Non pas  « que produit-elle ? »  Mais « que fait-elle d’elle-même ? » quand elle travaille ? Des projets, des efforts, des conflits, des ajustements, des régulations, des réflexions, des essais, des erreurs, des découragements, des espoirs, des répétitions, des inventions…Et on voudrait que cela n’ait pas de portée anthropologique ? De portée politique ? On croit possible que l’humanité traverse les épreuves du travail, épreuves de la confrontation aux autres et à soi-même autour d’objets à produire, d’objectifs à atteindre, de projets à construire, sans que cela nous laboure, nous travaille ?

Penser le travail

Par Christine Castejon

La question du travail, à ne pas confondre avec celle de l’entreprise, est l’objet d’un refoulement (dont je n’analyserai pas ici les raisons mais seulement quelques effets) qui nous empêche d’ouvrir de nouvelles pistes, notamment en décloisonnant les problèmes. C’est pourquoi je propose d’en faire un débat à part entière sous le titre : « Penser le travail ».

Le travail nié, le travail dévalorisé, ... à quand le travail libéré ?

Note de Jacques Duraffourg - 15 mai 2007

Ce texte a été publié en son temps dans le journal « L’Humanité »

Au nom du temps passé, avec d’autres et en particulier aux côtés d’Alain Wisner*, pour qu’enfin l’activité de travail soit reconnue comme l’activité civilisatrice qu’elle peut et doit être, me permettra-t-on quelques considérations sur la manière dont le travail a été abordé, ou plutôt contourné, par tous les protagonistes de la campagne que nous venons de vivre ?

Si, par hypothèse, le discours politique entretient encore quelques rapports avec la « réalité », il semblait logique d’espérer que le travail fut enfin au centre des débats. L’histoire des joutes électorales ne plaidait pas pour une telle espérance. Aussi loin que remontent mes souvenirs, le travail est quasiment absent des controverses politiques. Ce silence sur cette activité par laquelle les femmes et les hommes produisent leur existence et font société a toujours été pour moi un grand sujet d’étonnement. On entend parler d’emploi, de salaire, de durée du travail …toutes choses importantes, essentielles même, à condition toutefois qu’elles soient rapportées au contenu de ce que font les salariés pendant cette durée professionnelle, dans ces emplois et pour ce salaire. À l’écoute de ce jeune homme qui travaille chez Renault Douai, cela semble relever du simple bon sens. Il bénit le ciel d’avoir un CDI, il le remercie chaque jour pour son salaire, mais il raconte l’esclavage représenté par les quelques gestes répétitifs qui « meublent » la minute et demi de son temps de cycle et la course pour aller « casser la croûte » à l’extérieur du vaste atelier pendant les quelques minutes de pause qui sont consenties aux salariés dans la matinée.

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